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Messages

Intermède : publication d'une de mes traductions

Je vous invite à vous procurer le numéro 66 de la revue française  Galaxies science-fiction dans lequel vous trouverez ma traduction de la nouvelle « Smear Job », de Rich Larson. La nouvelle a été publiée dans sa version originale anglaise dans le magazine Analog Science Fiction and Facts en décembre 2018. Elle est inspirée d'un article sur les ratés possibles du système judiciaire et les répercussion que peut avoir un registre des délinquants sexuels sur la réputation et la vie des condamnées, peu importe les circonstances ou la gravité du crime commis. Elle met en scène un jeune homme qui doit subir une modification au cerveau pour avoir fréquenté une mineure, même si c'était avec le consentement de cette dernière et qu'ils étaient rapprochés en âge. Elle pose un regard critique sur le caractère éthique des condamnations en matière de crimes sexuels impliquant des adolescents, en particulier quand elles finissent par ruiner la vie des plus vulnérables de la société. Site...

Va-et-vient (10/11) ou la traduction de Swings, de Lynn Steger Strong

Waverley Place , lui dit-il. Prends la ligne F jusqu’à West Fourth Street.   Il lui envoya un lien vers le café. Elle avait l’air tellement ordinaire qu’il en pleura presque. Ses jeans étaient trop serrés et ses yeux trop maquillés. Elle avait l'air tellement jeune qu'il se rendit compte qu’il ignorait à quoi ressemblait vraiment une jeune de 26 ans jusqu’à ce qu’il en voie un spécimen de près, jusqu’à ce que ce spécimen s’assoie devant lui et prononce son nom.  « Sonia? » dit-il. « Andrew », dit-elle. « Salut. » Il se dit qu’il devait avoir l’air tellement vieux à ses yeux. Quand Julie avait vingt-six ans et qu’il en avait trente, ils s’étaient mariés. Ils ne connaissaient personne qui était marié. C’était presque une blague à l’époque. Ils habitaient New York. Elle étudiait les beaux-arts. Ça lui semblait avoir été un coup de tête, quelque chose d'inventé, cette fête bizarre et extravagante qu’ils avaient organisée pour tous leurs amis. Elle s'était vêtue d'une ro...

Va-et-vient (9/11) ou la traduction de Swings, de Lynn Steger Strong

Ça te dirait qu’on se rencontre? dit-elle. Ça faisait trois mois qu’ils se textaient. Le bébé marchait maintenant à quatre pattes. Julie n’avait pas trouvé de travail; il doutait qu’elle en ait vraiment cherché, mais il avait trop peur de le lui demander. Elle avait entrepris de sevrer le bébé parce qu’elle croyait qu’elle se sentirait moins folle comme ça, mais ça semblait avoir l’effet contraire. Je suis marié , dit-il. Je sais , répondit-elle. Juste pour discuter . Il n’avait jamais trompé personne. Il n’avait jamais compris l’attrait. Une femme représentait déjà assez de travail comme ça. Il avait aimé Julie pendant presque toute sa vie adulte. Il n’avait pas beaucoup d’amis et ceux qu’il avait n’avaient pas d’enfants. Quand il leur parlait maintenant, c’était de part et d’autre d’un énorme gouffre creusé par le fait qu'eux dormaient toujours, mangeaient toujours et baisaient toujours leur femme comme des gens normaux. La plupart du temps, ils semblaient vouloir éviter de savo...

Va-et-vient (8/11) ou la traduction de Swings, de Lynn Steger Strong

Pourquoi tu continues de m’écrire?  lui demanda-t-il.  Il était de nouveau en retard. Il était resté tard même si ce n’était pas nécessaire. Il était demeuré assis au travail à regarder des photos de Julie et du bébé sur son téléphone. J’aime les étrangers , dit-elle. Ça existe, ça? dit-il. Qu’est-ce que ça veut dire? Il ne voulait pas l'imaginer pire quelle ne l'était. Il se disait qu’elle n’était peut-être pas le genre de fille qu’il aurait voulu rencontrer ou à qui il aurait parlé dans la vraie vie. Port St. Lucie était plus loin de l’océan que la ville où il avait grandi, les écoles publiques y étaient pires, l’immobilier y était meilleur marché, c’était l’endroit où il avait acheté de la coke une fois ou deux avec ses amis camés qui n’avaient jamais quitté la région alors qu’il rendait visite à ses parents du temps qu’il était au collège. Julie lui avait dit, une de ces nuits où il était réveillé pendant qu’elle faisait boire le bébé et lui racontait tous les trucs terrib...

Va-et-vient (7/11) ou la traduction de Swings, de Lynn Steger Strong

Ils se disputaient avant l’arrivée du bébé. Elle criait parfois. Elle se fâchait aussi. Elle s’enfermait dans la salle de bain et pleurait et le traitait de tous les noms. Mais ils se réconciliaient toujours rapidement. Ils sortaient et ils mangeaient et buvaient trop; elle approchait son visage du sien, ils discutaient; ils rentraient à la maison et faisaient l’amour debout, ou sur le canapé, ou dans la cuisine, elle sur le comptoir, lui les mains fermement agrippées à son cul.  *** Comment tu t’appelles? texta-t-elle le soir suivant quand il était dans le métro. Andrew , répondit-il. Toi? Sonia , dit-elle. Beau nom , dit-il. Andrew aussi . *** « Je pense qu'il faut que je retourne au travail », dit Julie quand il rentra, prit le bébé et commença à préparer le souper. « O.K. », dit-il. « Quand? » « Tu penses que c’est trop tôt. » « Je pense que n’importe quand convient. » Elle l’observa. « Est-ce qu’on devrait chercher une gardienne? » « Tu veux dire que je devrais? » « J’ai… », ...

Va-et-vient (6/11) ou la traduction de Swings, de Lynn Steger Strong

La fille de Port St. Lucie commença à lui écrire une fois par jour et il oublia presque qui était celle qui le textait. Il n’imaginait jamais qui que ce soit quand il recevait les messages; il était seulement soulagé de continuer d’en recevoir. Elle lui demandait comment il allait et il lui répondait franchement et ça faisait du bien. J’ai eu une journée de merde, pouvait-il dire. Je me suis encore fait crier dessus au beau milieu de la nuit. Mon patron m’a traité de moumoune. Il travaillait pour une société financière privée composée presque exclusivement d’hommes. Il était vaguement au courant que certains d’entre eux avaient aussi des enfants, mais ils n’en parlaient pas ou ne semblaient pas vraiment contribuer à les élever, sauf financièrement, et il lui parla un peu de ça. Comment il était bizarre de penser qu’ils étaient aussi des pères. Qu'eux aussi retournaient à la maison et retrouvaient femmes et enfants, mais sans trop savoir pourquoi, leurs versions de ces mots étaient ...

Va-et-vient (5/11) ou la traduction de Swings, de Lynn Steger Strong

Au travail, il pensait parfois à elles, et parfois il se souvenait d’elles, qu’elles étaient à la maison sans lui, et il était étonné d’avoir pu passer autant de temps, peu importe combien de temps, une heure, quarante minutes, sans se demander comment elles allaient. Il aimait bien son emploi et savait qu’il aurait dû être reconnaissant de ne pas le détester. Grâce à lui, ils bénéficiaient d’une assurance-maladie, payaient leurs factures. Il lui arrivait souvent de devoir rester tard et quand il revenait à la maison et constatait qu’elle avait commandé une autre boîte de frites du petit restaurant au coin de la rue pour souper, il devait faire un effort pour ne pas lui dire qu’il s'inquiétait que ce soit tout ce qu’elle mangeait. *** Il reçut le second texto des seins deux jours plus tard. Ce n’étaient pas les seins, mais plutôt la propriétaire des seins. Il avait supprimé les premiers textos, mais le numéro était resté gravé dans sa mémoire. Comment ça va? demanda-t-elle. ...